Nigéria : le géant à dompter

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Nigéria : le géant à dompter

Nigéria : le géant à dompter

« On ne peut pas se permettre de passer à côté du Nigéria quand on prospecte en Afrique ».
Bertrand de la Forest Divonne, Directeur du bureau Business France de Lagos au Nigéria, a observé les évolutions de l’économie nigériane depuis quelques années, entre crise économique majeure et redémarrage en douceur. Son diagnostic est clair : « C’est un pays qui a vocation à se développer sur de très nombreux secteurs dans les prochaines années. Même si le Nigéria n’est pas un partenaire historique de la France - nous ne sommes pas en zone d’influence - l’ignorer serait manquer une étape essentielle dans une prospection menée en Afrique Subsaharienne ».


400 MILLIONS D’HABITANTS EN 2050
Car le Nigéria dispose d’un des atouts les plus stratégiques d’un pays émergent : sa population. Plus de 190 millions d’habitants en 2018, près de 400 millions envisagés à horizon 2050 (ce qui ferait de lui le 3e pays le plus peuplé au monde derrière la Chine et l’Inde) ; malgré des inégalités criantes, la force du nombre crée dans le pays un marché de consommation d’autant plus dynamique que la concentration dans les villes ne cesse de s’accroître (plusieurs villes comme Abuja, Ibadan, Kano ou Kaduna regroupent entre 8 et 10 millions d’habitants, tandis que Lagos, véritable poumon économique du pays,  satellise à elle seule plus de 20 millions d’habitants).
De cette urbanisation émergent des classes possédantes très actives économiquement, issues de fortunes industrielles panafricaines (30 000 millionnaires, 35 milliardaires dont Aliko Dangoté, l’homme le plus riche d’Afrique, l’entrepreneur Tony Elumelu ou la banquière Folorunsho Alakija) mais également une classe moyenne de plus en plus nombreuse (20 à 30 millions de personnes) qui montre un intérêt grandissant pour de nombreux produits comme les cosmétiques ou les vins et spiritueux (le Nigéria est le 1er importateur de champagne du continent africain).


LE REBOND APRÈS LA CRISE
Mais le réservoir de consommation n’est pas le seul atout du « géant ». « En plus de la stabilité de l’environnement politique, continue Bertrand de la Forest Divonne, ce qui frappe au Nigéria, c’est le formidable dynamisme de la population active et du monde des affaires ». De fait, le PIB de Lagos qui porte sur plus de 100 milliards de dollars est supérieur aux PIB cumulés de la Côte d’Ivoire, du Cameroun, du Gabon et du Sénégal !
Au-delà, c’est surtout la capacité de rebond du pays qui a surpris : « En 2015/2016, lorsque le prix du baril s’est effondré, le Nigéria s’est trouvé face à la pire crise économique de son histoire depuis 25 ans : chute de moitié de la production d’hydrocarbures, inflation à 20%, puis récession durant 5 trimestres, chômage très élevé chez les jeunes… tous les indicateurs étaient au rouge. Et pourtant… : 2 ans plus tard, la croissance reprend, certes très lentement, mais le chiffre est positif, les autorités tablant sur 2% en 2018 ».

Cette reprise quasi-miraculeuse de la croissance nigériane, on la doit d’abord à la remontée du prix du baril et l’arrêt des actes de malveillances commis sur les pipelines situés dans la zone de production du Delta. Une production remontée à 1,9 Mb/j qui a permis la reconstitution d’une réserve de change en devises. Mais on la doit aussi aux décisions stratégiques du gouvernement qui a souhaité sortir du « tout pétrole » (le pétrole représente 95% des exportations) pour travailler au développement d’une plus grande diversité de secteurs.
Agriculture et agro-industrie figurent en tête de la liste du Gouvernement, tandis que le secteur du numérique affiche une santé éclatante : le Nigéria possède la plus grande population d’internautes en Afrique (86 M) avec un taux de pénétration de 53% (contre une moyenne de seulement 18% pour l'ensemble du continent) et une offre de mieux en mieux structurée (le « symbole » Jumia dans le e-commerce, la présence de 5 opérateurs de téléphonie mobile, un intérêt considérable pour les réseaux sociaux et une industrie cinématographique, Nollywood, qui est la seconde au monde en volume).
« Dans de nombreux secteurs, la fin de la crise est synonyme de retour progressif aux affaires et aux investissements. Ce devrait être le cas dans les hydrocarbures, secteur où les entreprises françaises jouent un rôle important. Mais aussi dans le domaine de l’énergie où les besoins sont grands, car l’état actuel des infrastructures ne permet d’assurer que quelques heures de courant électrique urbain. Autant dire que dans ce secteur le chantier est vaste, et que sa remise à niveau ouvre de belles perspectives pour les investisseurs ».


DÉFENDRE LES NOMBREUSES PARTS DE MARCHÉ FRANÇAISES
Des opportunités que ne devraient pas laisser passer les entreprises françaises qui bénéficient au Nigéria d’une image avantageuse : le Nigéria est en effet le premier partenaire commercial de la France en Afrique Subsaharienne et de nombreux grands groupes français (la France est le premier investisseur en stocks au Nigéria avec 6,5 Mrds d’euros) investissent dans différents secteurs de l’économie (Total, Pernod Ricard, Danone, Bolloré, etc). On recense au total une centaine d’entreprises françaises, issues de l’industrie pétrolière et para pétrolière, de la construction, de l’électronique, de l’énergie ou encore des services (la moitié en joint-venture, la seconde sous forme de filiales), et qui s’efforcent de se positionner face à une concurrence chinoise et indienne très présente.
« L’objectif dans les prochaines années serait d’augmenter la part de marché française dans quelques secteurs porteurs, explique Bertrand de la Forest Divonne. Mais également d’être présents sur les appels d’offres des grands bailleurs de fonds comme la Banque Africaine de Développement, la Banque Mondiale ou encore l’Agence Française de Développement (très engagée au Nigéria) qui s’intéressent à la réhabilitation des infrastructures, à l’eau, à l’énergie ; les entreprises françaises ont un vrai travail à effectuer pour se rapprocher de ces organismes et apprendre à mieux travailler avec eux. Business France les accompagnera dès cet automne à travers une mission qui vise à « apprendre à travailler avec les bailleurs de fonds ».


TRAVAILLER ET S’IMPLANTER AU NIGÉRIA, UNE STRATÉGIE QUI S’INSCRIT DANS LA DUREE
Si le climat des affaires s’améliore, beaucoup reste à faire. Première condition de la réussite : prévoir du temps pour prospecter et aboutir à une implantation. Il s’agit aussi pour l’entreprise de disposer d’une trésorerie solide et de travailler à la mise en place d’un efficace réseau de contacts, ce qui n’est pas toujours simple au regard du positionnement géographique des grandes villes du pays (le Nord-Est pour des raisons sécuritaires demeure proscrit en termes de prospection).
Business France aide ainsi les entreprises qui le souhaitent à identifier des partenaires locaux et à effectuer des missions de prospection. Elle accompagnera également les entreprises nigérianes intéressées à investir en France.

L’évolution du pays et les actions que l’on peut y mener seront évoquées lors de l’Atelier «Choose Nigeria» qui se tiendra le mardi 5 juin dans les locaux de Business France à Paris, en présence notamment des ambassadeurs des deux pays : l’occasion de revenir sur le potentiel économique du pays, d’entendre des témoignages variés d’acteurs français installés sur place, et de favoriser les rencontres avec des partenaires locaux qui seront présents.

« On note une réelle curiosité des entreprises françaises pour ce marché relativement méconnu dont il convient d’améliorer l’image », conclut Bertrand de la Forest Divonne. « C’est une importante zone de prospection à 6 heures d’avion de la France mais qui peut paraitre lointaine pour certains. Il est pourtant probable et souhaitable que dans le court à moyen terme, le Nigéria, première économie d’Afrique, devienne incontournable tant le potentiel est important et diversifié ».


>> Renseignements et inscriptions pour l’Atelier Nigéria ici


  • Publié le 30/05/2018
  • Catégorie: Monde